Je peux affirmer sordidement que je suis de la « génération Dutroux ». En effet, j’avais le même âge que Julie et Mélissa lorsqu’elles ont été enlevées, j’ai donc grandi dans ce climat particulièrement traumatisant. Comme tous les petits Belges de l’époque, mes parents m’ont mis en garde des centaines de fois lorsque je sortais acheter du pain, on nous disait de faire attention aux camionnettes blanches, les instituteurs nous répétaient sans cesse de se méfier des étrangers, on nous a appris à vivre avec la crainte de l’adulte. Tout le monde était suspect.

Aujourd’hui, je suis un homme, et j’estime avoir le droit qu’on ne me parle plus comme à un petit garçon fragile lorsque je pose des questions sur cette affaire, je n’ai plus envie de pleurer et d’avoir peur, je suis prêt à entendre la vérité, aussi dure soit-elle. L’affaire s’est passé il y a 17 ans, il est plus que temps de regarder les faits en face, sans fausses émotions, sans qu’on nous dise que le fait de poser des questions est une insulte aux victimes.

Dernier exemple en date, voici ce que déclarait la députée Catherine Fonck ce jeudi sur son compte facebook : « je suis sortie de mes gonds à la Chambre, dégoûtée d'un député qui utilisait la description de l'autopsie de Julie et Mélissa pour se mettre en évidence à la tribune. Ça suffit! Du respect pour les victimes, et encore plus quand il s'agit d'enfants! ».Elle fait évidemment référence à l’intervention de Laurent Louis, qui demandait sa levée d’immunité afin de pouvoir être jugé pour ses propos sur l’affaire Dutroux, notamment.  Ses propos sont en effet très durs à entendre, parfois « techniques ». Mais il est inacceptable de refuser d’écouter ce qu’il a à dire, sous le prétexte de l’émotion. Cette technique qui consiste à se cacher derrière la tristesse des victimes ne fonctionnera pas éternellement. 

Lorsque Laurent Louis a débuté son plaidoyer, les députés des partis au pouvoir ont tous détalés en fermant les yeux, au lieu de se lever et de le contredire, au lieu de lui expliquer clairement qu’il n’y a eu aucun disfonctionnements dans ce dossier, au lieu d’agir en hommes politiques, au lieu d’agir en hommes, tout simplement. Tout cela nous prouve une fois de plus que nous ne sommes plus dirigés par des hommes politiques, mais par des animateurs démagogiques qui ne pensent qu’à leurs tweets et leurs carrières.

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lejeuen